Orientations pour le pôle « Réalité psychique » de l’association Hygie (Séminaire du 23 novembre 2013)

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Orientations pour le pôle « Réalité psychique » de l’association Hygie

« Mettre en œuvre ce qui a été pensé »
Collectivement

OUVERTURE
Comme je l’ai annoncé, la poursuite de mon séminaire se fera au sein de l’Association Hygie (quoi que sans doute inscrit dans les activités d’Espace Analytique), pour participer à l’élaboration d’un « Esprit » pour la maison de Santé de Paray-Vieille-Poste. Son objectif et sa destination changent. Alors qu’à Alters il s’adressait à des personnes susceptibles d’être intéressées intellectuellement dans le cadre des investissements de travail qu’elles avaient dans cette association, aujourd’hui je souhaite m’adresser à des praticiens, impliqués dans ce projet, dont les disciplines et les pratiques sont impactées par les problématiques inhérentes aux effets de la “Réalité Psychique”. Non seulement aux psychanalystes mais à toutes personnes membre de ce collectif, dont l’intention est de mettre en œuvre dans leur pratique les conséquences de cette clinique psychanalytique structurale. La mise au clair et l’établissement de ce modèle métapsychologique a été soutenu dans des Sociétés-Savantes (d’abord le CLSPL puis Alters); l’élaboration d’une clinique psychanalytique qui en est déduite se poursuit dans le cadre d’une Institution Libérale de Santé pour servir de fondement à une pratique collective de ceux qui y exercent. L’ambition est donc de créer un lieu de soin à l’instar de ceux qui ont été fondés et développés par le passé comme la clinique de La Borde (Oury) ou Bonneuil (Mannoni). Mais d’obédience libérale et non pas à caractère d’établissement public ou parapublic. Aussi, il ne s’agit plus de s’adresser à des pairs à des fins d’échanges intellectuels, mais de procéder à une transmission qui se veut didactique, tant pour de futurs psychanalystes que pour des praticiens de disciplines affines (infirmières, médecins, orthophonistes, éducateurs, ostéopathes, kinésithérapeutes, psychologues …). Cette orientation n’est pas nouvelle d’adresser la modélisation de la clinique psychanalytique aux psychanalystes mais aussi à d’autres qu’elle concerne. Lacan avait théorisé cette attitude en faisant la différence entre psychanalyse en intention (qui concerne les psychanalystes en tant qu’ils conduisent l’Acte psychanalytique dans la cure) de la psychanalyse en extension (qui s’adresse à tout praticien dont les effets de réalités psychiques impactent la pratique). La transmission de la première est essentiellement didactique; la transmission de la seconde ressort de la formation.

LA TRANSMISSION DE LA PSYCHANALYSE
Si vous avez pris connaissance et toujours à l’esprit les quelques mots que j’ai consacré à la didactique dans mon avant dernier séminaire (Alters mai 2013), vous avez sans doute perçu que là où j’en suis de ma réflexion sur cet enjeu, j’ai une position enfin déclarée. Cette position s’est affermie du constat que la plupart de mes psychanalysants qui se sont destinés à tenir position de psychanalyste ont opté après la fin de leur cure, pour tel ou tel courant mythologique en vigueur, dans telle ou telle Association de psychanalystes. C’est dire que je ne leur ai pas donné les moyens de soutenir l’épreuve de transgresser les tabous sur lesquels tous les courants mythologiques psychanalytiques actuels se fondent : la pulsion comme sexuelle – le désir du manque – l’inconscient comme lieu du refoulement. Cette conversion à l’une ou l’autre de ces orthodoxies mythologiques s’opérait non pas seulement par la fréquentation d’Associations Psychanalytiques assujetties chacune à une ou plusieurs mythologies, mais surtout par le truchement du passage obligé du contrôle. Contrôle, ou supervision selon la position des psychanalystes qui l’effectuent, qui peut prendre deux orientations aussi erronées l’une que l’autre. De fait (et mon expérience personnelle en la matière m’avait déjà alerté) je ne suis pas sûr que cette pratique ait une légitimité évidente du point de vue d’une théorie de la transmission. La question se pose en effet de savoir comment le contrôleur se situe par rapport au didacticien.
Ou bien il s’agit pour le contrôleur de faire apparaitre, dans les ratés de la conduite de la cure que l’impétrant lui apporte, les points restés aveugles dans la didactique. Dans cette occurrence, il se situe non pas seulement comme contrôleur du psychanalyste en devenir mais aussi du didacticien – (qui aurait laissé échapper quelque chose d’essentiel dans la cure didactique). Bien sûr il est vrai que le passage du divan au fauteuil est toujours prématuré. Que, se faisant, puisque la cure n’est pas terminée, le postulant psychanalyste ne manquera pas d’être bloqué dans son Acte par les effets psychiques non analysés dans sa propre cure. Mais cela est du ressort de la didactique et non pas d’un prétendu contrôleur.
Ou bien il se situe comme un “formateur” qui se borne à redresser les erreurs techniques que le futur analyste commet, par inexpérience, dans la conduite de ses cures. Alors il se situe hors l’Ethique de la transmission de la psychanalyse.
Il y a une troisième voie qui consiste pour le contrôleur à se situer dans une position de neutralité passive. Faire “l’idiot”, en quelque sorte, au sens étymologique du terme, comme n’incarnant aucun savoir et apparaissant, en absence, comme un reste (un objet petit “a” diraient les lacaniens) qui renvoie le futur psychanalyste à ses questionnements. Cela leur évite de faire l’éducateur sévère de l’impétrant ou le super psychanalyste du didacticien. Mais cela ne transmet rien. Tirésias n’empêche pas Œdipe de se fourvoyer.
Je considère donc que la tradition du contrôle n’est pas conforme à l’Esprit de la transmission de la psychanalyse.
En revanche, outre la psychanalyse didactique qui en est le pivot, cette transmission passe aussi par d’autres voies. L’une consiste à prendre connaissance des textes pionniers. Il ne s’agit pas d’apprendre les textes « canoniques » des auteurs qui nous ont précédés. Prendre connaissance ne consiste pas à mémoriser des strates de savoirs accumulés dans l’histoire de la Psychanalyse. Cela se résout “à faire advenir l’insu autour duquel l’édifice théorique (ou mythologique) s’élabore comme masque”. Il s’agit d’une démarche épistémologique ordinaire où les élaborations antérieures des auteurs princeps sont confrontées aux effets de dévoilement sur la nature de l’Appareil Psychique et de son fonctionnement ourdi dans l’espace de la cure. Dévoilement qui surgit des résonnances entre ces élaborations théoriques et ce qui advient dans la cure. Il est d’usage que cette lecture, dans un premier temps individuelle, doit se dialectiser dans une confrontation collective avec d’autres psychanalystes. Cela débouche, parfois, sur des phénomènes qui n’auraient pas pu s’actualiser autrement et qui en disent sur la difficulté, justement, de tenir cette position dans la prématuration. Le passage du divan au fauteuil est non seulement un rite mais une épreuve structurante qui modifie la présence au monde. Car il ne faut pas oublier que la position de psychanalyste est “de lien social”. Lien social dont l’authenticité (l’assimilation) ou la facticité se dévoile dans ce travail d’épistémologie collective. On appelait cela “cartel”. Dans certaines associations c’est toujours le nom qu’on donne à ce type de travail.

Ces deux piliers, à partir desquels s’opèrent essentiellement la transmission, pourraient être suffisants si la psychanalyse (et sa métapsychologie) était une science humaine avérée. Mais ni la métapsychologie freudienne, ni les mathèmes lacaniens ne peuvent prétendre constituer l’armature conceptuelle d’une science humaine directement transmissible. Et pourtant l’Acte, s’il doit être conduit à bonne fin, devrait pouvoir se structurer à partir d’un opérateur intrinsèquement transmissible et se vectoriser à partir d’une métapsychologie qui en permet la clinique. Non pas seulement d’un point de vue diagnostic, mais aussi dans son déroulement. Si, résolument, on s’autorise à considérer que les corpus psychanalytiques qu’on nous a légué se sont dévoyés et s’avèrent obsolètes et qu’il est possible de proposer un nouveau corpus qui à la fois s’inscrit dans la continuité de l’invention freudienne et s’en déprend, alors la praxis, c’est à dire la théorie de la cure, change et l’acte psychanalytique se transforme pour se mettre en cohérence avec cette nouvelle métapsychologie.

Dans cette perspective, il serait évidemment souhaitable de constituer un second Séminaire qui traiterait de la cure avec pour contexte un autre Groupe Clinique qui lui servirait de support. Ce Groupe Clinique serait constitué exclusivement de psychanalystes. Groupe Clinique dont les modalités de fonctionnement restent à définir : lieu de confrontation de la pratique et de relances collectives ou lieu d’élaboration de la Praxis.

PROGRAMME ET ORGANISATION DU PÔLE « RÉALITÉ PSYCHIQUE »
De manière succincte on voit là se profiler le programme du Pôle “Réalité Psychique” de l’Association Hygie.

  • Du point de vue de la psychanalyse en extension, trois activités
    • Le séminaire “Esquisse d’une clinique psychanalytique structurale”
    • Le groupe clinique
    • Le Balint hétérologique
  • Du point de vue de la psychanalyse en intention
    • Un séminaire sur “L’Acte psychanalytique”
    • Un groupe clinique sur la conduite des cures

C’est dire que l’ensemble des activités du pôle “Réalité Psychique” se constituent en groupes fermés qui ne s’adressent qu’aux personnes concernées par l’activité de la Maison de Santé : Membres Affirmés, ou Membres Actifs, (mais aussi les Membres d’Alters s’ils souhaitaient orienter leur Acte dans le cadre de cette nouvelle approche clinique). Aussi bien du point de vue des activités de la psychanalyse en Extension, que celles de la psychanalyse en Intention. Il ne s’agit pas de faire du prosélytisme ou de faire “Ecole”. Il s’agit plus simplement de participer à l’Esprit d’une Institution Libérale centrée sur la Santé (et pas uniquement sur la médecine au sens restreint de médecine scientifique), autour d’une conception nouvelle de l’Appareil Psychique et de la Réalité Sociale.
Il me semble que les personnes appelées à participer au séminaire “Esquisse d’une clinique psychanalytique structurale” devraient avoir lu “Et si la psychanalyse était, à nouveau, une mythologie” et l’ensemble des séminaires tenus à Alters (un nombre de huit à quinze personnes me semble amplement suffisant).
Pour le séminaire à venir sur “L’Acte psychanalytique” il s’adresse uniquement aux psychanalystes et aux futurs psychanalystes qui ont (résolument) pris conscience de la dérive mythologique de la psychanalyse et qui, d’une manière ou d’une autre, se trouvent dans la mouvance de la Maison de Santé.

Marc Lebailly
Le 23 novembre 2013

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Publié dans hygie, Séminaires