La pulsion freudienne, phénomène concept ou mythème ? (Intervention à l’École Normale Supérieure

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EXORDE

 

OÙ ON SUGGÈRE QU’IL SERAIT SANS DOUTE EPISTEMOLOGIQUEMENT PERTINENT DE POSTULER L’AUTONOMIE DES CHAMPS CONCEPTUELS QUI CIRCONSCRIVENT DES DISCIPLINES CONSIDEREES COMME AFFINES, EN PARTICULIER LA PHÉNOMÉNOLOGIE ET LA PSYCHANALYSE

 

  • A la lumière de ce que je viens d’entendre, je prends conscience que mon intervention a un caractère paradoxal. Je suis le seul à remettre en cause la légitimité, au moins dans le champ de la psychanalyse, de la pulsion car c’est évidement un truisme de constater que le terme de « pulsion » émarge à plusieurs corpus théorique. En particulier, et pour ce qui nous occupe aujourd’hui, à ceux de la philosophie et de la psychanalyse. Reste à savoir si, d’un champ à l’autre, il peut garder la même acception conceptuelle. Si tant est que dans ces deux champs on ait bien à faire à un concept. Rudolf Bernet postule, lui, qu’il y aurait, si ce n’est continuité, du moins filiation entre une certaine phénoménologie et la métapsychologie freudienne. On sait que dans cette métapsychologie, la pulsion est un pivot incontournable. Sans elle, il serait difficile de concevoir le désir et le manque, le refoulement et l’Inconscient. Elle en est le moteur.
    • En tout état de cause, dés l’exergue et la première phrase de l’introduction de son chapitre IV (Freud (et la fin) de la métaphysique), il affirme cette proximité. Pour ce qui est de l’exergue Rudolf Bernet fait appel à une citation de Lacan : « Car le Trieb ne peut se limiter à une notion psychologique. C’est une notion ontologique absolument foncière !».

Et dans la première phrase de ce chapitre, il la présente comme un acquis indubitable :

«Freud est, à n’en point douter, un héritier de cette grande tradition d’une métaphysique dynamique dont nous venons de suivre le développement quasi organique à travers ces grandes figures que représente Aristote, Leibniz et Schopenhauer».

Ce rapprochement qui hisse cette notion freudienne à la hauteur des élaborations de ces trois philosophes qui ont marqué la pensée occidentale, peut paraitre non seulement prestigieux pour lui mais aussi de garantir le bien fondé de ses propres élaborations.

Il est à noter qu’Alain Badiou opère de la même manière (mais à propos du concept de Sujet) à l’égard de Lacan. En effet, dans son livre «Lacan Antiphilosophie III», il l’inscrit dans la lignée des antiphilosophes modernes (terminologie reprise à Lacan lui-même) que sont Nietzsche et Wittgenstein. Anti philosophes modernes qu’il oppose aux anti-philosophes classiques que sont Pascal, Rousseau et Kierkegaard. Antiphilosophes dont il fait remonter l’origine à Paul de Tarse, inventeur d’une théologie ontologique. Chimère qui synthétise la mythologie religieuse juive et la pensée rationnelle grecque pour constituer le christianisme véritable : la Vraie Religion comme disait Lacan. J’y reviendrai dans l’Epilogue.

    • Freud et Lacan auraient-ils une sorte de destin commun d’avoir été d’abord, pour le premier médecin physiologiste puis psychanalyste enfin philosophe et pour le second d’abord psychiatre puis psychanalyste et enfin philosophe. Freud philosophe ne me parait pas soutenable, pour des raisons que je vais tenter de faire apparaitre succinctement. Même après « Au delà du principe de plaisir» et ses spéculations pessimistes et assez banales sur la Vie et la Mort. Ni même d’ailleurs avec des textes comme « l’Avenir d’une illusion» et « Malaise dans la culture ». Ce n’est pas pour autant qu’on puisse faire une lecture philosophique de son œuvre. Je considère que « lire c’est faire advenir l’insu autour duquel un texte s’élabore comme masque »[1]. Encore qu’il faille situer l’insu du coté du lecteur. Insu donc de sa propre pensée. Et non pas du coté de l’insu de l’auteur de l’œuvre.

Pour Lacan l’hypothèse parait soutenable pour certains. Cette conversion à la philosophie du Sujet daterait alors de 1962. La période logiciste dit-on. Au moment de la création de l’Ecole freudienne de Paris. A ce propos et pour en terminer avec cette digression, je ne suivrai sans doute pas Rudolf Bernet lorsqu’il attribue à Freud une instance subjective dans l’articulation de sa métapsychologie. Même après la transformation de 1920, elle ne se constitue que d’une constellation moïque (Moi, Sur Moi, Idéal du Moi, Moi Idéal et Ça) dont le Sujet est absent. Le concept de Sujet est une invention de Lacan dont je date les prémisses en 1948. L’instance du Sujet, ou tout au moins le concept de subjectivité, apparait dans l’article intitulé « L’Agressivité en psychanalyse» où il lui donne une définition qui la détache du Moi : « l’agressivité se manifeste dans une expérience qui est subjective par sa constitution même» Où il convoque Augustin et son invidia et M Klein et ses mauvais objets internes. Ce qui le différencie du Moi dont l’économie est « libidinal ». Certes, avec cette sempiternelle injonction d’un retour à Freud réduite au fait que tout est déjà dans Freud pour qui sait le lire, Lacan a contribué lui-même à perpétuer la confusion entre Moi et Sujet. En particulier avec la polémique qu’il a déclenché et entretenue autour de l’aphorisme freudien dont la traduction habituelle est « Là où Ça était, le Moi doit advenir » qu’il transforme, au prétexte que le Ich allemand n’est pas Moi mais Je, en « Là où le Ça était, Je dois advenir ». Cela n’a pas contribué à en clarifier l’opposition. Mais avec cette acrobatie intellectuelle, il renie, en quelques sortes, la définition du Sujet, telle qu’elle apparait en creux, dans l’article précédemment cité, comme fils de l’agressivité. Puisqu’aussi bien dans cette traduction il fait apparaitre le Sujet dans la continuité du Ça dont chacun sait qu’il est le « réservoir des pulsions ». C’est sans doute autour de cette opposition que Rodolf Bernet élabore, à la suite de Paul Ricœur, sa dialectique entre Soi/Moi

  • Pour revenir sur cette proximité, voir cette affinité, entre philosophie et disciplines qui s’intéressent aux troubles de la conscience, il convient d’observer qu’elle ne date pas de l’invention de la psychanalyse. En effet on pourrait même dire que ceux qui s’intéressent aux troubles psychiques (ou mentaux) à leur causalité et à leurs effets, ne peuvent pas ne pas en appeler à cette proximité. Comme si ces troubles avaient quelque chose à voir avec la nature ontologique de l’humaine condition. A cet égard, il est notable que la création de la psychiatrie par Pinel intervient à la fin du XVIII siècle. En effet, c’est à partir de prémisses philosophiques que cette discipline médicale s’est constituée. Héritière des lumières et de la révolution d’où émerge le concept de liberté individuelle – le citoyen n’est plus assujetti au Roi – sous les espèces de libre arbitre. Or cette psychiatrie originelle sort des limbes obscurantistes de la théologie de la possession et se structure à partir du concept d’aliénation. Aliénation provoquée exclusivement par des défaillances neurocérébrales qui empêchent celui qui en est affecté de jouir de ce libre arbitre universel. Pour s’en convaincre on peut en référer aux deux ouvrages princeps que Pinel publie à cette époque : « Nosographie philosophique » et « Traité médical philosophique de la manie». C’est dire que quand on s’intéresse à « l’esprit humain», comme disait Levi Strauss, il est bien difficile de se départir de cette attraction pour cette dimension philosophique ontologico métaphysique. Est-ce là une faute originelle jamais dépassée dont nous serions nous autres psychanalystes toujours victimes ? En tout état de cause et dans l’état actuel de la psychanalyse et de ses remaniements, elle s’avère une tentation sans que véritablement on puisse s’en déprendre. Pour ma part je considère que cette déprise est non seulement souhaitable mais nécessaire. Quoique la psychanalyse soit en grand danger de disparaitre comme le jungisme ou l’adlérisme avant elle, ce n’est pas en s’étayant ou bien même en se convertissant à la philosophie phénoménale qu’on évitera son naufrage. Car que les psychanalystes se l’avouent ou non, pour peu qu’ils nous arrivent de douter, mettre Freud en compagnie d’Aristote, Leibnitz et Schopenhauer et Lacan dans la continuité de Pascal, Wittgenstein, Rousseau, Kierkegaard (excusez du peu), cela ne manque pas de conforter notre croyance en la véracité des théories auxquelles on voue une manière de culte exégétique. A l’évidence, je ne fais pas partie de ces « psychanalystes authentiques » dont parle Bernet, prompts à défendre une « cause » psychanalytique. La psychanalyse ne devrait pas être une « Cause ». Une cause subsume toujours une croyance pour laquelle on est prêt à mourir. Attitude partisane, voir sectaire, peu propice aux débats, si ce n’est scientifiques (encore que), du moins intellectuels.

 

  • Ce n’est pas pour autant que la démarche de Rudolf Bernet, tout comme celle de Badiou et de quelques autres ne me paraisse, de leur point de vue, naturelle voire légitime. Reste que j’ai une révérence certaine pour la chose philosophique – j’ai très tôt, bien avant la classe de philosophie, fréquenté compulsivement les textes philosophiques, pour des raisons inutiles à préciser, dans le désordre et le désarroi – sans y avoir compris grand-chose. De cette expérience, par ailleurs positive, j’ai acquis la certitude qu’on ne fait pas de la philosophie comme Mr Jourdain fait de la prose (quoique certain voudraient nous le faire accroire). Et je reste convaincu, au point d’y avoir renoncé, que la philosophie est une discipline austère et complexe, qui demande un esprit particulier doublé d’une véritable méthode de penser et d’une grande érudition. Toutes choses qui, sauf exceptions, font cruellement défaut à la majorité des psychanalystes. Et à moi particulièrement. Je laisse donc aux philosophes « authentiques » le soin de la « disputation » sur le bien fondé, dans leur champ, des hypothèses de Rudolf Bernet et sur les démonstrations qu’il tente pour les étayer. Par ailleurs, je souscris tout à fait à la réfutation que Rudolf Bernet fait par avance aux objections que les psychanalystes pourraient lui opposer. En particulier quand il s’inscrit en faux contre « le (…) reproche que l’on ne manquera pas de me faire, c’est d’avoir troqué la dimension authentiquement psychanalytique de la pensée freudienne contre une philosophie pseudo psychanalytique ou, pire encore, contre une métaphysique psychologiste ». Ou encore « On ne manquera pas de nous faire le reproche que nos prétendues évidences concernant l’héritage de Freud sont trompeuses. A quoi nous répondrons qu’interroger une certaine (et non pas toute) tradition métaphysique dans la perspective d’une théorie psychanalytique aussi mal assurée que celle de la pulsion, n’a rien de dogmatique…».

J’interromps là la citation justement sur cette dubitation concernant le bien fondé de la théorie de la pulsion chez Freud. Outre que cette dubitation ne lui parait pas rédhibitoire pour opérer une lecture philosophique de cette théorie, il faut bien dire que je la partage. Comme un certain nombre de psychanalystes d’ailleurs, dés lors qu’ils s’intéressent à cette prétendue théorie des pulsions. En effet, la réalité du phénomène pulsionnel – c’est-à-dire l’impossibilité de l’observer – peut rendre sceptique. On pourrait dire que ces psychanalystes ont la même attitude que Rudolf Bernet. Le montage du circuit de la pulsion, son articulation et ses effets sur le fonctionnement de l’appareil psychique leur paraissent suffisamment convaincant pour passer outre à leurs doutes. On pourrait arguer avec mauvaise fois que l’énergie, même en physique, on en mesure que les effets. Lacan, ici même, s’y était essayé en son temps. Reste que Ce prétendu phénomène énergétique psychique bénéficie d’un aveuglement épistémologique aussi pudique que coupable. Mais vous me direz : pourquoi être plus exigeant que Freud lui-même ? Car Freud s’il a reconsidéré radicalement la théorie des pulsions c’est bien qu’il avait lui-même un doute sur son bien fondé. Doute qui s’origine en 1914 et trouve son surmontement en 1932. Et pas vraiment comme on pense qu’il aurait dû conclure

  • L’enjeu est crucial. De fait, on ne comprend rien aux différentes métapsychologies freudiennes (et même aux autres, kleiniennes, lacaniennes entre autres) si on ne garde pas à l’esprit cet attribut de la pulsion d’être le concept limite qui articule, pour Freud, le psychique et le biologique. Ou autrement dit l’organisme, via l’appareil neuro cérébral, et l’appareil psychique. C’est un présupposé scientifique (scientiste ?) auquel Freud tient et s’accroche. Sans cette continuité les différentes métapsychologies s’avèrent de pures spéculations idéiques sans fondement objectif. La psychanalyse perd alors son statut et sa spécificité vis à vis de la phénoménologie philosophique ou des taxinomies dynamiques psychologiques en particulier behaviouristes. Et par voie de conséquence l’armature théorique de la cure psychanalytique disparait sans perdre pour autant de sa relative efficacité. En effet, on sait depuis Lacan « qu’une pratique n’a pas besoin d’être avérée (théoriquement) pour opérer». Relative efficacité, car justement, à un certain moment de sa carrière Freud a été confronté a des effets paradoxaux de la technique qui préside à la conduite de la cure. Elle ne débouche pas sur les bénéfices attendus. Il faut dire que la méthode qui lui permet de construire la théorie psychanalytique a deux piliers : l’un peut être repéré comme un processus inductif et s’alimente de ce que Freud tire de sa prétendue « auto-analyse » (il n’y a pas d’auto analyse même pour Freud, n’en déplaise à O Mannoni) ; l’autre est prétendu expérimental, clinique dit-on, et est censé se nourrir des enseignements des cures qu’il mène. Car une observation qui se veut objective doit s’effectuer à partir d’un cadre théorique qui en circonscrit le champ. On ne peut constituer ce cadre théorique à partir d’une observation empirique qui, elle-même, est toujours sous tendue par une théorie implicite ou insue. Donc une observation « sauvage » ne peut que servir à révéler et à légitimer un cadre théorique jusqu’alors confus et intuitif. En tout état de cause on ne trouve que ce qu’on cherche ! Même si on n’a pas conscience de savoir ce qu’on cherche. C’est, d’ailleurs, la limite du processus de théorisation de Freud. En tout état de cause il semble que c’est à partir de la prise de conscience de l’inefficacité partielle de sa technique dans la cure que Freud va être amené à transformer d’abord la théorie des pulsions, puis la métapsychologie, pour être enfin aculé à admettre ce qu’il en est de leur véritable nature. Aboutissement inacceptable qu’il s’empresse de balayer.
    • Je vais tenter de résumer succinctement les étapes par lesquelles Freud passe pour en arriver la. Pour ce faire je vais m’appuyer essentiellement sur trois textes : « Remémoration, Répétition, Perlaboration» de 1914, « Au delà du principe de plaisir» de 1920 et « Angoisse et Vie pulsionnelle » de 1932. Le premier s’apparente à un instant de voir : quelque chose ne va pas dans la cure. ; le second à un temps pour comprendre théorique : comment méta psychologiquement y remédier ou du moins l’expliquer ; le troisième à un moment de conclure paradoxal, conclusion tout aussi tôt démenti.

 

TEMPS I « REMÉMORATION, RÉPÉTITION, PERLABORATION »

OÙ IL EST QUESTION DE LA CONTRAINTE DE RÉPÉTITION ET DE L’ÉCHEC PARTIEL DE L’INTERPRÉTATION COMME PANACÉE THÉRAPEUTIQUE

                 

  • On peut considérer que « Remémoration, répétition, perlaboration » 1914 est essentiellement un écrit technique. Pour l’énoncer de manière simpliste – la pratique de l’exégèse et du talmudisme n’est pas mon fort – Freud à cette époque est confronté à un phénomène particulier et récurent qui s’oppose à l’avancée de la cure et qui en détermine parfois l’arrêt. Ce phénomène c’est la répétition. Elle s’installe avec ce qu’il appelle la névrose de transfert. Ce phénomène de répétition, Freud le repère comme une résistance. Concomitamment force est pour lui de constater que l’interprétation n’a pas toutes les vertus qu’il lui attribuait. Il constate même que la levée des refoulements qu’elle opère ne débouche pas sur la liquidation des symptômes mais, dans bon nombre d’occurrences, sur leur ancrage et leur amplification. On a donné à ce phénomène le nom de « réaction thérapeutique négative ». D’ailleurs on sait aujourd’hui que certaines psychanalyses relatées dans « Cinq Psychanalyses » se sont soldées par des échecs partiels ou totaux (partiel : Dora ; total : L’homme aux loups par exemple).

L’illusion – qui consiste à considérer l’interprétation, substituée à la suggestion, était un progrès technique et, partant, spécifiait la cure psychanalytique par rapport à toutes les autres psychothérapies – trouvait sa limite dans la cure même. Encore que, dans ce texte, Freud ne met en cause ni sa pertinence ni même son efficacité. Il fait l’hypothèse, qui la protège, que la remémoration totale, qui aboutirait à la guérison grâce à la levée du refoulement, est impossible. Partant jusqu’alors, la remémoration est l’alpha et l’oméga de l’efficacité de la cure. Elle est l’agent de la guérison.

  • Aussi va t’il proposer, en complément de l’interprétation, un autre mode d’intervention thérapeutique pour venir à bout du refoulement rétif à toute interprétation. Il s’agira alors pour le psychanalyste et le « patient » d’opérer une « construction » de ce qui ne peut être remémoré. De fait ce travail est possible tout simplement parce que le psychanalyste, grâce au matériel psychique produit antérieurement, sait ce qui reste inexplicablement refoulé. Inexplicablement pas tout à fait parce que Freud considère que cette résistance à la levée du refoulement est produite par le Moi. Tout se passe comme si le Moi protégeait ce reliquat pulsionnel refoulé. C’est une considération qui reste de l’ordre de l’observation clinique. Au mieux, donc, l’explication qu’il donne à cette résistance concerne uniquement un aspect topique (l’agent qui s’oppose à la remémoration est le Moi). Rien de l’aspect économique n’est évoqué : Freud se limite à remarquer que le Moi résiste et que les répétitions se perpétuent.

Le patient est donc appelé à passer outre ses résistances de telle sorte d’accéder à ce qui est toujours refoulé, à partir de ce que le psychanalyste propose comme contenu de ce refoulé. Le travail du patient consiste, quand je dis « passer outre »,

à littéralement « perlaborer ». Il faut entendre passer cette perlaboration comme une injonction à passer « au travers » des résistances par un effort rationnel de compréhension. C’est une injonction qui somme « le patient » à en « prendre conscience ». En effet si les résistances sont mises en place par le Moi, alors il est légitime de les analyser « consciemment ». Analyser les résistances c’est permettre aux patients de les « perlaborer ». C’est en cela que consiste, pour Freud, la construction dans la cure. Il persévère dans un article de 1937 « La Construction en analyse ». On pourrait penser, à bon droit, que cette technique d’analyse des résistances et le recours à l’efficacité de la construction font régresser la technique psychanalytique du coté de la suggestion voire de la psycho pédagogie. Retour donc à la suggestion dans le cadre de ce qu’on nomme parfois la dure bataille du transfert pour dépasser « les réactions thérapeutiques négatives »

 

TEMPS II « AU DELA DU PRINCIPE DE PLAISIR »

OÙ IL EST QUESTION DE L’AGRESSIVITÉ DESTRUCTRICE ET DE SA MANIFESTATION SOUS LES ESPÈCES DE LA PULSION DE MORT ET DE L’ULTIME TRANSFORMATION DE LA DUALITÉ DES PULSIONS

 

  • Ce qui est dans ce texte de 1914 un problème de technique thérapeutique devient pour Freud en 1920, avec « Au delà du principe de plaisir, une cruciale difficulté théorique qui remet en cause l’édifice métapsychologique. Le principe économique de l’abaissement des tensions au niveau le plus bas va être interrogé. Freud se pose, à cette époque, la question de savoir pourquoi le Moi défend le déplaisir : car ce qui apparait avec la répétition, c’est que le Moi maintient l’appareil psychique contre vents et marées (entendez contre les efforts thérapeutiques du psychanalyste) dans une tension insupportable. De fait la répétition empêche l’abréaction et concomitamment la résolution du refoulement. Il en déduit que du coté de la pulsion sexuelle, ou bien plutôt du coté du concept de pulsion, il y a quelque chose qui, d’un point de vue théorique ne fonctionne pas. Il aurait pu, à ce moment crucial, s’interroger sur la pertinence même de ce concept. Mais plutôt que de remettre en cause radicalement cette énigmatique énergie quantitative qu’on pourrait mesurer, (ce qui n’a jamais été fait et ne le sera jamais), il va opter pour le nième remaniement de la structure duelle du système pulsionnel. En d’autres termes transformer la dualité des pulsions pour sauver la pulsion. Car cette dualité est la pierre angulaire de sa métapsychologie sur le versant dynamique. On sait qu’au cours des différentes étapes de son élaboration cette dualité posée comme postulat (au point que tous ceux qui n’y adhère pas, Adler et Jung en particulier, sont exclus du courant psychanalytique), a connu divers agencements. Essentiellement deux : d’abord pulsion sexuelle versus pulsion d’autoconservation ; puis pulsion sexuelle versus pulsion du Moi. La raison de cette fidélité à cette dualité est que pour qu’il y ait une dynamique sous l’égide du principe de plaisir, il est nécessaire que le système pulsionnel soit dialectiquement dual. Sans doute sur le modèle du deuxième principe de la thermodynamique.

 

  • A ce moment de son élaboration, Freud ne franchira pas le rubicond d’abandonner le concept de pulsion. Pour le sauver il va remanier, une ultime fois, la nature et la dynamique de leur dualité. Et cette transformation, (j’utilise ce terme à dessein), va être de deux ordres.
    • L’une concerne la nature des pulsions à l’œuvre dans cette nouvelle dualité : c’est un remaniement économique.
    • L’autre concerne le principe de plaisir ou bien plutôt la nature du principe qui dialectise ce nouveau système pulsionnel : c’est un remaniement dynamique

Dans ce texte, à la dialectique entre pulsion sexuelle versus pulsion du Moi, va se transformer en « pulsion sexuelle versus pulsion d’agressivité ». Jusqu’alors l’agressivité se présentait comme un sous produit de la pulsion sexuelle. Elle était, disait-il, une condition nécessaire à la mise en œuvre de la pulsion sexuelle (en particulier dans le coït sous les espèces de l’emprise). Là, elle va apparaitre dans toute sa crudité destructrice. Il fera même mine de s’étonner « de ne pas en avoir plus tôt mesuré l’importance», quoique a postériori cette pulsion d’agressivité destructrice s’impose à lui d’évidence. L’incidence de cette pulsion d’agressivité avait antérieurement été évoquée sous les espèces de masochisme. Masochisme primaire qui a pu être considéré comme une explication de la réaction thérapeutique négative.

  • Mais cette transformation économique va nécessiter une transformation dynamique. On sait que quand on change un élément d’un système, on change aussi la structure de ce système. Freud propose d’élargir la finalité dynamique de l’appareil psychique : le principe de plaisir s’inscrit alors dans un dessein plus générique. La finalité de cet appareil psychique énergétique n’est plus l’abaissement des tensions au niveau le plus bas, mais le retour à un état antérieur que l’on pourrait qualifié de primordial. Il pose que le retour «incontestable» à l’état antérieur de tout organisme vivant est le retour à l’inanimé. C’est-à-dire à la mort. Donc la pulsion destructrice a pour finalité la mort. Autre manière d’envisager la définition du principe de plaisir comme abaissement des tensions au niveau le plus bas : c’est le retour à l’inanimé. Le principe de plaisir est alors au service de la pulsion de mort. Cette assertion, qui peut paraître paradoxale, ne l’est pas puisqu’aussi bien Freud a fait l’hypothèse que l’agressivité « mortifère » est antérieure à l’apparition de la pulsion sexuelle. La pulsion sexuelle qui fait liaison, est en quelque sorte un artéfact qui a pour finalité l’empêchement du retour à l’inanimé. Retarder le retour à l’inanimé. Sans espoir. S’opposer donc à la radicalité du principe de plaisir nouveau genre. On a donc l’opposition nouvelle entre pulsion Sexuelle et pulsion de Mort, respectivement sous l’égide de la liaison et de la déliaison. Qui va aboutir ensuite à la dualité : Pulsion de Vie (« Eros ») versus Pulsion de Mort (« Thanatos »).

 

  • C’est à ce moment de la démonstration que Freud est contraint de revenir au biologique : Il lui faut assurer, et légitimer, cette nouvelle conception de la dualité des pulsions. Et, comme je vous l’ai rappelé au début, pour que le concept de pulsion soit valide (à ses yeux : ce n’est pas nécessaire pour le phénoménologue)), il faut qu’il soit limite d’avec le biologique. Sans cela la psychanalyse n’est pas scientifique et ressort de l’aimable spéculation… C’est pourquoi il va consacrer, un long développement censé prouver que l’on trouve une concordance entre le destin biologique des cellules et sa nouvelle théorie de pulsion. Il est clair que Freud développe son argumentation à partir de la biologie de son temps. Ce qui relativise déjà son argumentation puisqu’aussi bien la biologie cellulaire a considérablement progressé. Je m’en tiendrai pour ma part à une simplification (sans doute outrageuse) de là où Freud veut nous mener pour arriver à cette fin. A savoir que du point de vue biologique les cellules ont un double destin :
    • Les cellules somatiques sont vouées à la mort par déliaison
    • Les cellules séminales sont porteuses de vie (ou d’immortalités !) par propension à la liaison.

Cette démonstration étant faite, il considère qu’il y a effectivement concordance entre la dynamique biologique cellulaire et la pulsion psychique. Et que, en d’autres termes, les deux pulsions nouvelles sont bien des concepts limites d’avec le biologique. En quelque sorte le prolongement psychique du destin des cellules. Le sort des pulsions semble, encore une fois, sauf.

 

  • Encore que ce ne soit pas si sûr. Car d’un point de vue liminairement épistémologique on peut s’interroger sur la pertinence qu’il y a à fonder la structuration et le fonctionnement de l’appareil psychique (entendez : la métapsychologie) sur le recours à des faits attestés par la biologie. En quoi ce recours peut rendre consistant et robuste une élaboration par ailleurs éminemment spéculative et qui n’en n’a jamais fini de se transformer ? Ne serait ce pas procéder par raisonnement analogique en lieu et place d’une méthode de construction d’un modèle théorique ? Ce qui s’avère juste et vérifiable dans un champ scientifique donné (la biologie, la physique…) ne peut servir de caution à une spéculation dans un autre champ. Dans cette manière de faire on retrouve là l’illusion freudienne, (ou son ambition ?), d’inscrire la psychanalyse au rang des « Sciences de la Nature ». Ce qu’elle n’est pas et ne sera jamais. Mais pouvait-il faire autrement à son époque où la modélisation des sciences humaines, aussi bien l’anthropologie (Durkheim, Mauss) que la linguistique (Saussure), en était à leur balbutiement. D’où la tentative d’en appeler à un modèle hybride thermodynamico biologique (obsolète) pour construire sa représentation de la structuration et du fonctionnement de l’appareil psychique. Après avoir abandonné l’espoir, avec l’Esquisse, de la fonder analogiquement sur un décalque du fonctionnement excitatoire neuro cérébral… Mais cette dernière tentative ne fait que déboucher sur la production d’une chimère dont la pertinence n’est en rien avérée.

 

Temps III – ANGOISSE ET VIE PULSIONNELLE

OÙ IL EST QUESTION DE L’IRRUPTION INATTENDUE DE LA VÉRITABLE NATURE MYTHOLOGIQUE DE LA PULSION ET AFFIRMATION DE L’IMPOSSIBILITÉ D’Y RENONCER

 

  • Je faisais allusion précédemment au fait que les élaborations freudiennes se présentaient comme un système de transformation. Ceux parmi vous qui ont de l’oreille savent qu’il n’y a de transformation que de structure mythologique. En 1932 dans cette « Nouvelle conférence» (Angoisse et vie pulsionnelle), Freud semble s’y résoudre. De fait étant donné, par ailleurs, son honnêteté intellectuelle on aurait pu penser qu’il aurait pu y remédier et s’émanciper de ce mode d’élaboration. Car on sait que dans sa correspondance avec Einstein la question de la différentiation entre science et mythologie avait été posée. Einstein l’aurait rassuré en lui répondant en substance que dés qu’on parle des résultats d’une science, on mythologise. Ce n’est pas faux : quand on raconte le big bang, indépendamment des équations physico-mathématiques qui l’étaie, effectivement on mythologise. On trame une version moderne du mythe de la Génèse. Il n’en reste pas moins que la théorie physico-mathématique s’avère toujours scientifique. Mais une mythologie non étayée scientifiquement reste une variante d’un mythe quoiqu’on en veuille.  En tout état de cause, dans ce texte apparait une sorte de moment de conclure (ou d’aveu ?), assez inattendu : il déclare tout de go que les pulsions sont des mythes. Comme si affleurait à cet instant que ce sur quoi il fonde la métapsychologie ne ressortissait absolument pas d’une démarche conceptuelle scientifique. Je vous cite le passage : « La doctrine des pulsions est pour ainsi dire notre mythologie. Les pulsions sont des mythes, grandioses dans leur détermination ». Il ajoute tout aussitôt « Nous ne pouvons, dans notre travail, faire abstraction d’elles un seul instant et cependant nous ne sommes jamais sûrs de les voir distinctement ». Autrement dit, elles nous sont indispensables bien qu’inobservables et improbables. Ou encore, « bien que les pulsions n’aient aucune réalité phénoménales, continuons à faire comme si elles étaient réelles ». Et pour cause : si la pulsion n’existe pas la métapsychologie s’effondre et la psychanalyse disparait ou n’est plus qu’une psychologie comme une autre.

Aussi pour tenir cette position contradictoire et déjà dénégative il va, dans le développement qui suit cet aveu, tenter d’argumenter cette dénégation. On ne peut pas parler de déni puisqu’il est conscient de ce qu’il écrit. Tout uniment il va projeter : ce n’est pas moi qui ne suis pas scientifique, ce sont les autres. En effet il déclare que le caractère mythologique de la pulsion ne concerne que la manière dont le commun des mortels l’utilise. Pas sa conception. N’écrit-il pas à propos de cette pensée populaire : «On postule des pulsions aussi nombreuses et aussi diverses qu’on en a besoin, une pulsion de valorisation, une pulsion d’intention, de jeu, de sociabilité, et beaucoup d’autres encore. Pour ainsi dire on les accrédite, on laisse faire à chacune son travail particulier et ensuite on les congédie». Mais il déclare que sa conception dans le cadre de la psychanalyse est tout autre, et de ce fait légitime, parce qu’il la fonde sur une réalité biologique. Non pas en faisant directement appel aux destins des cellules comme dans « Au-delà du principe de plaisir » mais aux grands principes naturalistes qui régissent les espèces comme organismes vivants. C’est pourquoi il va déroger à ses principes. Et passer outre le fait que le raisonnement analogique n’est pas pertinent pour assurer une modélisation théorique :

« Aussi jalousement que nous défendions d’habitude l’indépendance de la psychologie par rapport à toute autre science, on se trouve dans l’ombre de ce fait biologique inébranlable : l’individu vivant est au service de deux visées, l’auto conservation et la conservation de l’espèce ; visées qui semblent indépendantes l’une de l’autre qui n’ont pas encore trouvé de dérivation commune dont les intérêts sont souvent antagonistes dans la vie animale». Il fait allusion là à un déplacement de l’antagonisme entre pulsion de Mort et pulsion de Vie psychique. Chaque individu est inéluctablement en proie à la pulsion de Mort, mais la pulsion sexuelle, dont il est porteur, permet à l’espèce de perdurer. Freud convient tout de même que cette formulation ressort d’une « improbable psychologie biologique».Improbable – psychologie – biologique, certes, mais qui débouche aussi sur une bien banale philosophie. Quasiment à la même époque Heidegger – avec Etre et Temps – en propose, avec son concept « d’être vers la mort », une autrement plus élaborée.

 

 

PERORAISON : OÙ L’ON PROPOSE UNE AUTRE POSITION DE

LA PSYCHANALYSE AU SEIN D’UN AUTRE CORPUS DE

CONNAISSANCE

 

  • A l’issue de cet exposé, schématique et simpliste dans sa radicalité, on voit sans doute où je veux en venir. Si on prend acte que la pulsion,( ou bien plutôt les pulsions), telle que Freud la conçoit n’est ni un phénomène ni un concept, c’est dans le champ psychanalytique de la réalité psychique, une aporie. Peut-on pour autant la considérer, comme une émanation « inconsciente » d’une pensée phénoménologique telle que R. Bernet en a la conviction ? Si la réponse est oui, alors les psychanalystes sont véritablement de petits phénoménologues praticiens qui s’ignorent. Il n’est pas invraisemblable de le penser. Petits phénoménologues pratiquant de surcroit une herméneutique de pacotille fondée sur les grandes mythologies de notre civilisation indo européenne (le mythe du Père, de la Horde, de la Rivalité Fraternelle, de l’Inceste, de la Castration). De ce point de vue, il faut rendre à Sartre cette justice, lui qui en fait la dénonciation radicale, en particulier avec l’Idiot de la famille, en disqualifiant le concept d’inconscient. L’approche phénoménologique suffit à expliquer le destin de l’enfant Flaubert. Il faut dire qu’un psychanalyste freudo lacanien ne ferait guère mieux. Mais la sollicitude d’autres phénoménologues à l’égard de la psychanalyse n’est pas moins ravageante. Si j’avais le goût de taquiner, ce qu’à dieu ne plaise je n’ai pas, et en paraphrasant le grand Condé je dirais « Mon dieu préservez-moi de mes amis philosophes » (en vrac Binswanger, Ricœur, Dérida, Badiou, Bernet, Althusser et tous les autres) mes ennemis je m’en charge ». En effet, cette sollicitude peut-être pernicieuse en ce sens qu’elle pourrait renforcer l’addiction à la croyance des psychanalystes. J’ai évoqué dans l’exorde Paul de Tarse comme fondateur de la vraie religion quand il opère la synthèse entre la pensée philosophique grecque et la pensée mythologique sémitiques des origines. On pourrait craindre que la reprise phénoménologique des présupposés mythologiques freudiens (la pulsion) ne débouche sur les mêmes effets (pour les psychanalystes) : sacraliser la psychanalyse. Ce qui est déjà leur tendance naturelle.

 

  • Bien sûr on peut faire une autre hypothèse quand au destin de la psychanalyse si on prend en compte que la pulsion est un mythème. Il y aurait incompatibilité entre la philosophie phénoménale et la psychanalyse. Cela aboutirait à la conclusion que la filiation entre la phénoménologie et la psychanalyse est impossible. En effet, on sait qu’une des caractéristiques fondamentales de la philosophie est de sortir la conception de la réalité existentielle humaine de la pensée mythologique. Pensée mythologique qui culminerait avec Homère. On considère généralement que cette révolution est apparue en Grèce avec les présocratiques. Essentiellement Héraclite et Parménide. Il y a émergence d’une conception du destin de la nature humaine de n’être plus soumis à la volonté et aux caprices des dieux. Ce qui constitue un prolégomènes à une ontologie véritable.
    • Alors, concomitamment, la psychanalyse régresse au rang d’un shamanisme moderne. Wittgenstein, en son temps, l’affirmait déjà quand il énonçait « la psychanalyse est une mythologie d’un grand pouvoir». Ce qui scelle son avenir. Mais ce destin si funeste n’est pourtant pas inéluctable. Que Freud ce soit égaré en élisant la pulsion comme concept limite d’avec le biologique n’est en rien rédhibitoire. De fait, à mon sens, s’il opère une véritable coupure épistémologique avec la psychologie de son temps ce n’est pas grâce à la promotion de l’Inconscient, du Désir ou de la Pulsion. C’est d’avoir affirmé (inventé) le concept d’appareil psychique la métapsychologie) non réductible au neuro cérébral. Aux phénomènes neuro cérébraux. Il y a des phénomènes psychiques indépendants qui organisent leur mise en œuvre neuro biologique. Ce que la plupart des psychiatres (et des médecins en général) refusent d’entériner et de reconnaitre.

 

  • Reste que pour ma part je considère comme absolument nécessaire de fonder la structuration et le fondement de cet appareil psychique à partir d’un phénomène (et le concept qui le repère) qui fasse continuité entre le biologique et les phénomènes psychiques. Il faut éradiquer le spiritualisme. Or ce chainon qui assure la continuité est déjà, et depuis longtemps, advenu à la psychanalyse. De fait, s’il faut le dater : depuis 1953 quand Lacan rédige « Fonction et champ du langage et de la parole ». Car c’est bien le langage qui assure de cette continuité entre le neuro cérébral et l’appareil psychique. L’aptitude au langage est neuro cérébrale. C’est cette aptitude au langage parlé qui assure de la structuration et du fonctionnement de l’appareil psychique[2]. D’une certaine manière Wittgenstein l’induisait, philosophiquement, du côté de la croyance dans le Tractus philosophicus » et du côté de la certitude, justement, dans «De la certitude», qui sont deux modalités de présence au monde produit par l’appareil psychique. J’y ajoute moi le « divertissement », repris à Pascal, qui est un « Au delà de la croyance et de la certitude ». Car il me semble qu’il faut dépasser la proposition lacanienne et non pas réduire cette interface langagière à la seule structuration de l’Inconscient par la concaténation des signifiants. C’est ce qu’il suggérait avec son aphorisme « l’Inconscient est structuré comme un langage ». D’autant que cette expression induisait avec l’emploi du « comme » qu’il s’agissait ou d’une analogie ou d’une métaphore. Il est loin d’affirmer que le déterminant de l’émergence et de la structuration de l’appareil psychique est le langage. En effet, le postulat que je retiens, pour la modélisation de l’appareil psychique, est que l’appareil psychique est causé et constitué par le langage. Ou encore que l’appareil psychique est causé par et pour le langage. Pour le langage a entendre comme nécessaire à rendre opératoire sous les espèces des langues et de la parole. Parole singulière qui atteste de l’Ex-sistence. Sans appareil psychique, qui en traite les effets, le langage est une aptitude inutile. On voit que, dans cette perspective, on renonce radicalement à ce que cet appareil psychique freudien soit une manière de régulateur d’énergie prétendue psychique. Il s’apparente à un système d’informations qui traite exclusivement des éprouvés (les perceptions dit-on aussi) aussi bien endogènes qu’exogènes. Pour ce qui me concerne, je laisse bien volontiers la pulsion freudienne, si tant est qu’elle leur soit utile, aux phénoménologues.

 

  • Partant, on peut faire l’hypothèse que la psychanalyse n’émarge ni à la philosophie (Freud l’affirmait déjà) ni à la médecine (Freud l’affirmait aussi) ni à on ne sait qu’elle physiologie énergétique mais à une véritable anthropologie structurale générale[3] dont les trois piliers seraient :
    • La linguistique avec Saussure, Jacobson, Benveniste, Chomsky et quelques autres dont des paléo linguistes
    • L’ethnologie avec Mauss (inventeur du symbolique) Lévi-Strauss, Dumézil, Balandier, Godelier, tous les paléoethnologues (Picq, Coppens) et quelques autres.
    • La psychanalyse avec Freud, Abraham, Ferenczi, Klein, Lacan et quelques autres.

Sous l’égide, évidement, de la révolution darwinienne. Non pas uniquement celle de « L’Origine des Espèces », mais bien plutôt, et surtout, celle perpétrée avec «La filiation de l’homme et la sélection par le sexe». Dans cette perspective, la psychanalyse s’inscrit dans l’ensemble des sciences humaines dites conjecturales et non plus dans celui des sciences de la nature comme Freud en a eu l’ambition erronée. Vous l’avez compris ma position, bien qu’elle soit vivement combattue par les philosophes, est décidément structurale.

 

Je vous remercie de votre attention,

 

 

Marc Lebailly

 

 

 

 

 

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[1] Et si la psychanalyse était à nouveau une mythologie Marc Lebailly p 24 éd L’Harmattan

[2] « Esquisse d’une Clinique Psychanalytique Structurale » Marc Lebailly Ed L’Harmattan

[3] idem

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