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Intentionnalité — Agressivité — Violence(Intervention ASE- journée d’étude sur la violence, le 19 septembre 2013)

Quand on parle de vio­lence – ou même d’agressivité – il est bien dif­fi­cile d’aborder cette ques­tion avec un mini­mum de neu­tra­li­té. D’abord parce que la vio­lence déclenche chez tout un cha­cun de la peur voir de la ter­reur. Et pour­tant, quand on se reprend, on constate que cette ter­reur débouche sur une condam­na­tion morale : la vio­lence, dans notre civi­li­sa­tion, c’est le mal abso­lu. Cette réac­tion morale ne manque pas d’imprégner les ten­ta­tives d’explications et de com­pré­hen­sion que l’on tente de don­ner de ce phé­no­mène. Il y a donc dans les approches qui se veulent ration­nelles, un déter­mi­nisme cultu­rel qui biaise l’objectivité : la vio­lence (et même l’agressivité) n’est pas nor­male chez les humains. Contre l’évidence.
Il faut dire que la psy­cha­na­lyse freu­dienne n’a pas aidé à contre­car­rer cette com­po­sante judéo chré­tienne de notre culture où l’idéal social confère à l’amour et la paix ! En effet Freud fonde sa théo­rie de l’appareil psy­chique sur l’hypothèse d’une pul­sion libi­di­nale sexuelle (au ser­vice de la vie) qui pousse aux dési­rs dont la satis­fac­tion débouche sur le plai­sir. Cette croyance, il l’a main­te­nue jusqu’en 1933. Avant cette date l’agressivité (et la vio­lence) résul­tait d’une frus­tra­tion à la satis­fac­tion des dési­rs libi­di­naux. Elle était réac­tion­nelle et non consti­tuante de l’organisation et du fonc­tion­ne­ment psy­chique. L’agressivité se pré­sen­tait comme une réac­tion inadap­tée (psy­cho­lo­gi­que­ment et socia­le­ment) à l’épreuve de frus­tra­tion des dési­rs. Dans le cadre de son modèle expli­ca­tif, sa méta­psy­cho­lo­gie, c’est assez cohé­rent… si le pos­tu­lat de libi­do comme pul­sion sexuelle (géné­ra­li­sé à tout objet) est valide. Ce n’est qu’à cette date, c’est à dire très tar­di­ve­ment (Freud meurt en 1939) qu’il admet qu’il a non seule­ment sous-esti­mé l’agressivité mais que, de plus, la libi­do, comme fac­teur éner­gé­tique de l’appareil psy­chique, n’existe pas. Il va même jusqu’à avouer que les pul­sions sont des “mythes mer­veilleux”. Mais il est trop tard pour refon­der sa théo­rie bien que depuis la deuxième moi­tié des années 1920 Méla­nie Klein, qui s’intéresse aux troubles psy­chiques pré­coces chez l’enfant, a déve­lop­pé une hypo­thèse sur la pré­va­lence de l’agressivité dans la vie psy­chique du nour­ris­son et des enfants “infans”. Elle pos­tule en effet que cette agres­si­vi­té endo­gène (c’est à dire géné­ti­que­ment pro­gram­mée) consti­tue les pre­mières mani­fes­ta­tions psy­chiques de l’enfant. Elle fait l’hypothèse que ses mani­fes­ta­tions d’agressivité ont pour causes des fan­tasmes “incons­cients” per­sé­cu­tants : mor­cel­le­ment du corps – démem­bre­ment – dévo­ra­tion – déchi­què­te­ment etc. Fan­tasmes per­sé­cu­tants aux­quels l’enfant oppose des méca­nismes de défense archaïques : pro­jec­tion – intro­jec­tion – incor­po­ra­tion. Méca­nismes de défense qui abou­tissent à la trans­for­ma­tion de cette agres­si­vi­té endo­gène per­sé­cu­tante en ambi­va­lence psy­chique. Après que cette trans­for­ma­tion se soit opé­rée les objets psy­chi­que­ment per­çus sont à la fois esti­mables et satis­fai­sants mais aus­si per­sé­cu­tants. Un objet est à la fois “bon” et “mau­vais”. Cette ambi­va­lence, Klein la constate d’abord dans la rela­tion que le bébé a avec le sein (ou le bibe­ron) qui est à la fois source de satis­fac­tion (le lait nour­ri­cier comble le besoin et la faim) et de per­sé­cu­tion (il n’est jamais assez com­blant). Elle en déduit que cette rela­tion à cet objet pri­mor­dial ser­vi­ra de modèle à tout autre rela­tion d’objet. Pour elle, l’amour et la haine sont les deux faces d’un même trai­te­ment objec­tal. Cette ambi­va­lence, elle la repère non plus sous le terme de désir mais d’Envie — (cf. “Envie et gra­ti­tude”). Il faut dire que ces hypo­thèses cham­boulent notoi­re­ment les pré­sup­po­sés freu­diens !
Mais les épi­gones encore main­te­nant conti­nuent à croire en l’existence des pul­sions et de la libi­do. Allant jusqu’à sou­te­nir ce para­doxe que cette mytho­lo­gie consti­tue l’origine de toute méta­psy­cho­lo­gie pos­sible. Pour­tant dans “Les Nou­velles Confé­rences d’Introduction à la Psy­cha­na­lyse”, Freud écrit “la doc­trine pul­sion­nelle est pour ain­si dire notre mytho­lo­gie”. Ce qui n’empêche qu’un savant freu­dien comme Paul Laurent Assoun s’interroge gra­ve­ment sur la ques­tion de savoir “com­ment une science (la psy­cha­na­lyse) peut-elle s’étayer sur une mytho­lo­gie sans se récu­ser ? » (”La méta­psy­cho­lo­gie” Paul Laurent Assoun – édi­tions qua­drige PUF). Ques­tion à laquelle il répond doc­te­ment, en épis­té­mo­logue aver­ti, “cela ne signi­fie pas que la pul­sion est une croyance fan­tai­siste – mais qu’elle est ce qui nomme, conven­tion­nel­le­ment, l’origine”. Fari­bole auquel il ajoute en citant Freud qui écrit à Ein­stein “mais toutes sciences de la nature ne part elle pas d’une telle sorte de mytho­lo­gie ? En va-t-il autre­ment en phy­sique ?”. Ein­stein décla­rait, en effet, qu’à l’origine de chaque édi­fice théo­rique qui sou­te­nait une décou­verte “il y avait une croyance”. Mais dans les sciences de la nature, une croyance s’exprime par une série d’hypothèses que l’on peut véri­fier expé­ri­men­ta­le­ment : si la véri­fi­ca­tion expé­ri­men­tale échoue, les hypo­thèses sont aban­don­nées pour faire place à d’autres. Bien évi­dem­ment on n’a jamais trou­vé trace d’une éner­gie psy­chique spé­ci­fique et quan­ti­fiable dans le fonc­tion­ne­ment de l’appareil neu­ro­cé­ré­bral qui pour­rait évo­quer, de près ou de loin, la libi­do. C’est une méta­phore qui rend assez bien compte tri­via­le­ment des envies sexuelles. Et rien de plus. C’est d’ailleurs dans cette accep­tion qu’elle s’emploie dans les conver­sa­tions cou­rantes. Par­ler de libi­do équi­vaut à par­ler des envies sexuelles. Mais elle aurait dû être aban­don­née comme concept fon­da­men­tal de la psy­cha­na­lyse.
L’agressivité est sans doute une meilleure piste pour modé­li­ser le fonc­tion­ne­ment de l’appareil psy­chique. Fon­da­men­ta­le­ment, on s’aperçoit que phé­no­mé­no­lo­gi­que­ment elle, et ses dif­fé­rents ava­tars, est très pré­sente dans l’expérience humaine. Et qu’elle n’est pas le résul­tat d’une frus­tra­tion, mais ori­gi­naire. Comme si elle était ins­crite dans la nature de l’homme. La vio­lence, fille de l’agressivité, sur­gît dans toute situa­tion extrême, non mai­tri­sable. C’est un truisme dont l’évidence ne cesse d’être occul­tée. On le sait mais, depuis la nuit des temps, on fait comme si cela n’était pas ou ne devrait pas être. Elle fait l’objet d’une déné­ga­tion per­pé­tuelle ! Cer­tains auteurs (pen­seurs ou phi­lo­sophes), sans doute plus lucides et objec­tifs que la majo­ri­té, ont conscience que para­doxa­le­ment, cette vio­lence des­truc­tive, meur­trière, n’est pas à réfé­rer à la nature ani­male de l’homme. Ils constatent comme Bal­ta­sar Gra­cian (1601 – 1657) dans un conte phi­lo­so­phique que “Homo Homi­ni lupus” (L’homme est un loup pour l’homme). Dans ce conte Bal­ta­sar Gra­cian fait dire au tuteur de l’homme qui a été éle­vé par les ani­maux : “Tu as été heu­reux de n’avoir jamais eu pour com­pa­gnie que des bêtes sau­vages et moi mal­heu­reux de n’avoir eu que celle des hommes, chaque homme est un loup pour ses sem­blables, si tou­te­fois il n’est pas pire d’être un homme. Les hommes sont plus féroces que les fauves, et, bien sou­vent, ils apprirent aux tigres à deve­nir plus cruels qu’ils ne l’étaient par leur nature”. Freud, à la fin de sa vie, dans “Malaise dans la civi­li­sa­tion” prend acte de cette par­ti­cu­la­ri­té humaine “L’homme est, en effet, ten­té de satis­faire son besoin d’agression au dépend de son pro­chain, d’exploiter son tra­vail sans dédom­ma­ge­ment, de l’utiliser sexuel­le­ment sans son consen­te­ment, de s’approprier ses biens, de l’humilier, de lui infli­ger des souf­frances, de le mar­ty­ri­ser, de le tuer”. Et Lacan dans un article de 1933 (“L’agressivité en Psy­cha­na­lyse” – Ecrits Le Seuil), écrit “la féro­ci­té de l’homme à l’endroit de son sem­blable, dépasse tout ce que peuvent les ani­maux et qu’à la menace qu’elle jette sur la nature entière, les car­nas­siers eux-mêmes reculent hor­ri­fiés !”.
De fait, au-delà de ces com­men­taires “hor­ri­fiés”, ce qu’il faut entendre c’est qu’effectivement il y a chez l’homme une carence géné­tique vis à vis de la répres­sion et du contrôle de l’agressivité vis à vis de ses congé­nères. Il y a déjà fort long­temps, Kon­rad Lorenz, étho­logue, fai­sait remar­quer que chez l’ensemble des ani­maux il y avait un méca­nisme géné­ti­que­ment trans­mis qui inhi­bait les pul­sions meur­trières que ce soit dans les com­bats pour la défense du ter­ri­toire ou pour l’appropriation des femelles (“Il par­lait avec les mam­mi­fères, les oiseaux et les pois­sons” Flam­ma­rion 1968 ; “L’agression, une his­toire natu­relle du mal” Flam­ma­rion 1955). Les affron­te­ments, essen­tiel­le­ment entre mâles, s’arrêtent au moment où l’un des pro­ta­go­nistes recon­nait la supé­rio­ri­té de l’autre. A ce moment il fuit. Ces affron­te­ments sont sou­vent d’une vio­lence extrême et peuvent entraî­ner des bles­sures qui s’avèrent mor­telles. Mais l’intention n’est pas, au pre­mier, chef meur­trière, il ne s’agit pas de tuer l’autre (ce qui irait contre les lois de l’évolution des espèces). Nous avons per­du cette capa­ci­té d’inhibition géné­ti­que­ment trans­mise à refré­ner la vio­lence.

Je disais que l’intention n’est pas meur­trière dans les affron­te­ments d’animaux d’une même espèce. C’est dire que l’agressivité est au ser­vice de quelque chose qui a à voir avec la per­du­ra­tion de l’espèce et de chaque indi­vi­du. Elle est le vec­teur d’une inten­tion­na­li­té qui per­met d’orienter les apti­tudes les plus pro­fi­tables à l’adaptation. Il s’agit d’une pro­pen­sion à per­du­rer. De fait cette inten­tion­na­li­té n’est pas seule­ment pré­sente chez les ani­maux supé­rieurs mais dans tout orga­nisme vivant depuis la para­mé­cie (et même les virus qui ne sont pas consi­dé­rés d’un point de vue bio­lo­gique comme des orga­nismes vivants), jusqu’aux espèces les plus com­plexes. Cette inten­tion­na­li­té à per­du­rer et à trou­ver les scé­na­rios et les méca­nismes qui per­mettent à tout moment l’adaptation, a pour vec­teur l’agressivité. Inten­tion­na­li­té vitale et agres­si­vi­té ont donc par­tie liée. Et, chez l’homme, cette inten­tion­na­li­té bio­lo­gique a per­du une régu­la­tion essen­tielle qui inter­dit à l’agressivité de dégé­né­rer en vio­lence meur­trière. Dans cette pers­pec­tive l’agressivité ne semble plus s’inscrire dans les lois uni­ver­selles de l’évolution des espèces. Pour­tant force est de consta­ter que cette carence n’a pas nui, jusqu’à pré­sent, à la pro­li­fé­ra­tion et à la per­du­ra­tion de notre espèce. Il faut dire qu’elle est d’émergence récente (200 000 ans) et que rien ne dit qu’elle dure­ra aus­si long­temps que les dino­saures. Reste tout de même que mal­gré cette perte (ou à cause de?) nous sommes deve­nus l’espèce la plus inva­sive. Cette énigme trouve un début de réponse si on fait l’hypothèse que cette inten­tion­na­li­té agres­sive a trou­vé un autre méca­nisme de régu­la­tion (moins auto­ma­tique et sans doute moins effi­cace que celui qui pré­vaut géné­ti­que­ment chez les ani­maux) qui a pour lui l’avantage de la réus­site : l’homme n’est pas tou­jours un loup pour l’homme parce qu’il béné­fi­cie d’un appa­reil psy­chique qui reprend à son compte l’aptitude à l’intentionnalité agres­sive uni­ver­selle chez les orga­nismes vivants. L’appareil psy­chique n’est pas le régu­la­teur des conflits dus au désir sexuel comme le pen­sait Freud, mais un régu­la­teur et un trans­for­ma­teur de l’agressivité comme le pen­sait M. Klein et après elle Lacan.

VOCALISES ET EMERGENCE DU SUJET
Lacan dans son article “L’agressivité en psy­cha­na­lyse” en vient même à faire l’hypothèse que le “Sujet de l’Inconscient” se consti­tue de l’agressivité endo­gène (Freud à un cer­tain moment de son éla­bo­ra­tion pesait qu’elle était réac­tion­nelle à la frus­tra­tion). Elle est le pivot à par­tir duquel l’appareil psy­chique va se consti­tuer. Le sujet en tant que pré­sence au monde serait, dans cette hypo­thèse, le fils de cette inten­tion­na­li­té vitale. Cette pré­sence au monde pri­mor­diale, serait assu­rée par cette agres­si­vi­té “sub­jec­tive”. On peut se deman­der com­ment cette ins­tance psy­chique sub­jec­tive, émerge du fonc­tion­ne­ment orga­nique neu­ro­cé­ré­bral. De fait il émerge entre 2 et 12 mois quand l’enfant se met à babiller et à voca­li­ser. C’est par ses voca­lises et ses babillages qu’il a un pre­mier “éprou­vé” de sa pré­sence au monde comme indi­vi­duée. Voca­li­sa­tions et babillages créent pour l’enfant infans, plon­gé pré­cé­dem­ment dans la confu­sion, un dehors et un dedans, confor­té par l’expérience de la per­cep­tion de son image cor­po­relle dans le miroir (le stade du Miroir, décou­vert par Hen­ri Wal­lon et repris par Lacan). Or voca­li­ser c’est attes­ter d’une inten­tion­na­li­té parce que l’agressivité innée se lie à l’expression vocale de pho­nèmes. On admire tou­jours le chant des oiseaux et on croit que la musique adou­cit les mœurs (ce qui n’est pas faux mais pas comme on croit). Les oiseaux chantent pour déter­mi­ner leur ter­ri­toire c’est à dire pour éli­mi­ner la concur­rence, et la musique adou­cit les mœurs parce qu’elle consiste dans un pro­ces­sus de subli­ma­tion, col­lec­tive et indi­vi­duelle, de l’agressivité orale. Elle est la suite, et per­met de modu­ler, les cris de rage de l’enfant en proie aux ter­reurs fan­tas­ma­tiques ter­ro­ri­santes. Le sujet est donc le résul­tat du pro­ces­sus qui voit l’agressivité prise dans l’espace de la voix. Cette ren­contre le fait exis­ter comme dési­rant : c’est à dire mû par une inten­tion­na­li­té psy­chique à exis­ter. De la même manière que les voca­lises émises le font exis­ter au monde, dans l’espace du corps qui est le sien, cette ins­tance sub­jec­tive lui per­met aus­si de se défendre contre les agres­sions endo­gènes ter­ro­ri­santes et per­sé­cu­trices. Cette phase cor­res­pond à la posi­tion schi­zoïde décrite par M. Klein

LES MOTS SYMBOLES ET LA NAISSANCE DU MOI
Cette phase de voca­lises se ter­mine vers 12 mois pour lais­ser la place à une autre com­pé­tence innée : la capa­ci­té à for­mer des mots. Entre 12 et 24 mois cette capa­ci­té est res­treinte. L’enfant ne pro­duit qu’un voca­bu­laire très pauvre (quelques mots ou pseu­do mots) et il ne les arti­cule pas à l’aide d’une gram­maire. Ce sont des mots sym­boles qu’il uti­lise sans pro­duc­tion de phrase. Dans cette phase “ sym­bo­lique”, le mode de pré­sence au monde de l’enfant se modi­fie de manière remar­quable : de pas­sive et défen­sive l’agressivité devient “invi­diante” : elle est diri­gée contre quelque chose d’extérieure. L’invidia, c’est la réac­tion que les enfants ont, par exemple, à la nais­sance d’un pui­né : l’intrus doit être éli­mi­né. Il doit dis­pa­raître. Or il s’avère que sym­bo­li­ser cela consiste à faire dis­pa­raitre un objet en tant qu’objet de la réa­li­té et de le faire réap­pa­raitre dans la réa­li­té psy­chique sous forme de mots. Mots qui deviennent plus réels que le réel et consti­tuent la réa­li­té psy­chique. Tout le monde a enten­du par­ler de l’observation de Freud concer­nant son petit fils qui jouait à faire dis­pa­raitre une bobine sous un lit et à la faire réap­pa­raitre en ponc­tuant son action de deux mots – Fort/​Da (Parti/​là). Il s’agissait de sup­por­ter l’absence de sa mère en sym­bo­li­sant son départ mais aus­si son retour. Dans cette phase de struc­tu­ra­tion de l’appareil psy­chique l’agressivité se trans­forme en mai­trise où l’enfant, de manière toute puis­sante et magique, a la cer­ti­tude qu’il détient le pou­voir de s’accaparer ce qu’il veut et de faire dis­pa­raitre ce qui ne lui convient pas (sans contes­ta­tion pos­sible) sous l’égide d’une esquisse de Moi. Un Moi archaïque, tota­li­taire (que Freud nomme dans la deuxième topique Moi Idéal). Ce Moi archaïque – maitre de la toute-puis­sance – est donc le fils de l’invidia (qui vec­to­rise cette inten­tion binaire : élimination/​prédation). Il est issu de cette capa­ci­té lin­guis­tique de sym­bo­li­sa­tion. Cette période dure et se pro­longe jusqu’au moment où la matu­ra­tion neu­ro­cé­ré­brale débouche sur une nou­velle com­pé­tence lin­guis­tique. Dans la méta­psy­cho­lo­gie klei­nienne, cette phase de sym­bo­li­sa­tion invi­diante cor­res­pond à la posi­tion para­noïde.

L’AVENEMENT DE LA COMPETENCE SYNTAXIQUE, L’APPARITION DE LA CONSTELLATION MOÏQUE (MOI-SURMOI-IDEAL DU MOI) ET LA REPRISE DE L’AGRESSIVITE DANS L’IMAGINAIRE.
A ces phases archaïques où l’agressivité est d’abord mise à la dis­po­si­tion de la défense du Sujet pour lui assu­rer une pré­sence au monde indi­vi­duée, puis au ser­vice d’un Moi tota­li­taire, en proie à une invi­dia d’élimination et de pré­da­tion, suc­cède une phase de paci­fi­ca­tion qui per­met la prise en compte de la Réa­li­té Sociale envi­ron­nante. L’agressivité “invi­diante” se trans­forme parce qu’à cette phase de matu­ra­tion neu­ro­cé­ré­brale (qui débute vers 24 mois) appa­rait une apti­tude lin­guis­tique nou­velle sous les espèces d’une capa­ci­té innée à pro­duire des formes syn­taxiques qui per­mettent à l’enfant d’intégrer la gram­maire propre à sa langue. L’agressivité se trans­forme grâce à cette apti­tude lin­guis­tique nou­velle, pour pro­duire un registre nou­veau de pré­sence au monde sous les espèces de l’Imaginaire et sous l’égide du Moi. Ce Moi aura pour fonc­tion de conci­lier les inten­tion­na­li­tés ima­gi­naires, que l’enfant pro­duit, avec les exi­gences du monde dans lequel il doit s’intégrer. Le Moi arbitre donc entre cette autre scène ima­gi­naire qui exprime les envies de l’enfant et le Prin­cipe de Réa­li­té qui cadre les condi­tions dans les­quelles il peut les satis­faire. Cet arbi­trage du Moi se fait à cette époque avec deux ins­tances topiques sup­plé­tives : le Sur­moi et l’Idéal du Moi. Ins­tances sup­plé­tives qui sont appe­lées à dis­pa­raitre si la struc­tu­ra­tion de l’appareil psy­chique arrive à son terme. On peut consi­dé­rer que c’est à cette époque qu’apparait une véri­table rela­tion d’objet entre l’enfant et le monde. Pas avant.

CONCLUSION
Ce très rapide est très sché­ma­tique rap­pel de l’onto-phylogénèse de l’appareil psy­chique avait pour objec­tif de mon­trer à quel point l’agressivité est cen­trale dans la struc­tu­ra­tion de l’appareil psy­chique. Elle en est le moteur prin­ci­pal comme le pen­sait Klein et Lacan (à une cer­taine période de son éla­bo­ra­tion théo­rique). L’appareil psy­chique n’est donc pas un régu­la­teur d’une éner­gie psy­chique libi­di­nale. Il traite les infor­ma­tions néces­saires qui per­mettent à l’intentionnalité à per­du­rer de fonc­tion­ner. Mais alors que dans l’ensemble du vivant cette inten­tion­na­li­té est d’abord bio­lo­gique puis orga­nique, puis ins­tinc­tuelle et enfin consciente chez les grands mam­mi­fères (en par­ti­cu­lier chez les grands anthro­poïdes) mais aus­si chez cer­tains oiseaux (cor­vi­dés ou per­ro­quets), elle devient, cette inten­tion­na­li­té, chez l’homme, consciente d’elle-même. D’autre part il s’agissait de mon­trer que l’appareil psy­chique ne se consti­tuait pas essen­tiel­le­ment à par­tir des inter­ac­tions avec le milieu (en par­ti­cu­lier avec les per­sonnes tuté­laires, parents, édu­ca­teurs, membres de la fra­trie) mais de manière endo­gène et auto-orga­ni­sée (épi­gé­né­ti­que­ment) cor­ré­la­ti­ve­ment à la mise en place du lan­gage arti­cu­lé (géné­ti­que­ment pro­gram­mé). Lan­gage qui s’intrique à l’agressivité pour vec­to­ri­ser une inten­tion­na­li­té de pré­sence au monde consciente d’elle-même.

DE LA VIOLENCE
A par­tir de ces quelques repères méta­psy­cho­lo­giques, il est pos­sible de recon­si­dé­rer les phé­no­mènes de vio­lences autre­ment qu’en les expli­quant comme étant le résul­tat d’une dyna­mique rela­tion­nelle psy­cho­lo­gique ou de la pres­sion psy­cho­so­ciale dans les­quelles un enfant, un pré ado­les­cent, un ado­les­cent et un post ado­les­cent (jusqu’à 18 – 20 ans) se débattent. Il faut faire l’hypothèse que les inter­ac­tions psy­cho­lo­giques ou psy­cho­so­ciales sont des causes déclen­chantes qui révèlent un défaut dans la struc­tu­ra­tion de l’appareil psy­chique qui empêche la ges­tion abou­tie de l’agressivité. De fait il faut consi­dé­rer qu’à chaque stade du déve­lop­pe­ment de l’appareil psy­chique cor­res­pond une moda­li­té spé­ci­fique de l’agressivité qui peut débou­cher sur des mani­fes­ta­tions de vio­lence. On pour­rait consi­dé­rer qu’il y a une mani­fes­ta­tion de vio­lence (ou risque de) quand l’agressivité n’a pas subi l’ensemble des trans­for­ma­tions qua­li­ta­tives au cours de la struc­tu­ra­tion de l’appareil psy­chique. En d’autres termes, l’agressivité est res­tée fixée à des moda­li­tés archaïques d’effectuation com­por­te­men­tales. Soit cette fixa­tion est par­tielle soit elle peut être totale.

Dans le cadre de cette jour­née il n’est pas per­ti­nent de déve­lop­per plus avant l’aspect théo­rique de cette méta­psy­cho­lo­gie mais pour éclai­rer ce que je viens de dire on peut don­ner quelques exemples de fixa­tion de l’agressivité qui expliquent la nature (l’étiologie) de cer­tains types de com­por­te­ments vio­lents.
Les mani­fes­ta­tions de vio­lences les plus archaïques qui nous sont don­nées à obser­ver sont celles des enfants consi­dé­rés comme autistes. Je parle ici des autistes décrit par Kan­ner. Ceux chez qui on constate les troubles avant deux ans. De fait qua­si­ment à la nais­sance. Ils sont fort rares. Pour ces enfants l’agressivité endo­gène n’est pas média­ti­sée ni vec­to­ri­sée par un effet de lan­gage. En effet tout se pas­se­rait comme si l’aptitude neu­ro­cé­ré­brale à sélec­tion­ner les pho­nèmes de la langue mater­nelle ne s’était pas mani­fes­té ni in uté­ro (à par­tir du cin­quième mois de gros­sesse) ni après la nais­sance (jusqu’à deux mois). Cette agres­si­vi­té est donc de la vio­lence fan­tas­ma­tique à l’état brut. Elle s’exprime, (à pro­pre­ment par­ler ils sont inca­pables de voca­li­ser : ils crient), par des accès de rage qui cor­res­pondent sans doute à des réac­tions aux per­sé­cu­tions que les fan­tasmes ter­ro­ri­sants de mor­cel­le­ment et de démem­bre­ment (qu’on retrouve dans la schi­zo­phré­nie au stade ter­mi­nal de son évo­lu­tion), que ces enfants subissent sans pou­voir s’en déprendre. Ces fan­tasmes ter­ro­ri­sants, qui déter­minent la vio­lence, peuvent se réac­ti­ver à tout moment (sans cause externe obser­vable) d’autant qu’à ce stade de déve­lop­pe­ment, il n’y a pas pour eux un dehors et un dedans du corps. Il y a donc confu­sion entre sti­mu­la­tions psy­chiques endo­gènes et per­cep­tions exo­gènes. Toute sti­mu­la­tion peut être per­çue comme le déclen­cheur de la vio­lence fan­tas­ma­tique. Dans la tra­di­tion klei­nienne on consi­dère que ces mani­fes­ta­tions de vio­lence consti­tuent une ten­ta­tive de défense consis­tant dans la pro­jec­tion de l’agressivité vers l’extérieur. Ce qui n’est pas, à pro­pre­ment par­ler, per­ti­nent : pour qu’il y ait méca­nisme de pro­jec­tion il faut un dehors et un dedans. Or cette dis­tinc­tion entre un dehors et un dedans ne se met en place qu’au stade de la voca­li­sa­tion. Dans cette occur­rence, les per­sonnes accom­pa­gnantes, ne sont pas d’un grand secours pour apai­ser cette vio­lence.
Un autre mode de vio­lence, qua­li­ta­ti­ve­ment dif­fé­rent, peut ren­voyer à une fixa­tion à la phase “voca­lique para­noïde” celle dont pro­cède l’émergence du “Sujet psy­chique” et per­met la consti­tu­tion d’un dedans et un dehors (du corps). On la constate chez les enfants atteints de Troubles Enva­his­sants du Déve­lop­pe­ment (TED), que je carac­té­ri­se­rais de “pro­fonds”. En effet il sem­ble­rait que le déve­lop­pe­ment de la struc­tu­ra­tion de leur appa­reil psy­chique se soit arrê­té à la phase “schi­zoi­dique voca­li­sante” qui voit appa­raître les pre­miers pho­nèmes. Ils sont donc stric­te­ment hors langue par­lée mais pas hors lan­gage. Dans cette occur­rence, la vio­lence se mani­feste quand les voca­li­sa­tions et le babillage sont impuis­sants :

  • ou à lut­ter effi­ca­ce­ment contre les per­cep­tions de fan­tasmes endo­gènes tou­jours pré­sents dans l’appareil psy­chique.
  • ou parce que l’intégrité de l’unification du corps sous l’égide de la sub­jec­ti­vi­té semble mena­cée par des inter­ac­tions externes vécues comme inva­sives.

En tout état de cause, dans les deux cas, ce qui est mena­cé c’est l’individuation et l’intégrité de la pré­sence sub­jec­tive au monde. Tout se passe comme si l’enfant avait la ter­reur de perdre la fra­gile sen­sa­tion psy­chique de sa sub­jec­ti­vi­té uni­fiée et de som­brer à nou­veau dans les affres de la confu­sion en proie aux fan­tasmes ter­ro­ri­sants de mor­cel­le­ment du corps. Comme si ce défer­le­ment d’images inva­sives était tou­jours une menace parce qu’il n’y aurait pas eu de pos­si­bi­li­té de lier tota­le­ment cette agres­si­vi­té aux pho­nèmes de la langue. Elles res­tent des “éprou­vés” ter­ro­ri­sants sans pos­si­bi­li­té de les “res­sen­tir”.
Les cris et les crises de rage sont très sem­blables à celle que l’on observe chez l’autiste de Kan­ner. Mais ici, la réfé­rence au méca­nisme de pro­jec­tion est per­ti­nent puisque l’enfant ayant un corps qui lui est propre pro­jette son agres­si­vi­té sur un autre.

Une autre moda­li­té de vio­lence peut appa­raître chez l’enfant dont la struc­tu­ra­tion de l’appareil psy­chique est res­tée fixée à la posi­tion “para­noïde invi­diante”. Ils ont dépas­sé le stade schi­zoïde d’acquisition voca­lique anté­cé­dent et atteint la phase d’organisation psy­chique “Sym­bo­lique”. En d’autres termes la capa­ci­té à for­mer des mots sym­boles leur est acquise. Cette capa­ci­té à for­mer des mots/​symboles qui rem­placent les choses (ou les per­sonnes) leur confère un sen­ti­ment de mai­trise et de toute puis­sance qui s’actualise dans une pré-rela­tion archaïque d’objet. Cette pseu­do rela­tion d’objet s’avère binaire et s’effectue sur le mode de cap­ta­tion ou d’élimination. La mobi­li­sa­tion de l’agressivité se mani­feste sous la forme d’une vio­lence “contrô­lée” au ser­vice d’un Moi tota­li­taire (Freud dans la deuxième topique par­lait de Moi Idéal). Mais par ailleurs ces enfants se pré­sentent comme extrê­me­ment dépen­dant de leur mère et inca­pable de lier des rela­tions avec les enfants de leur âge. Inca­pable de socia­li­sa­tion véri­table. Les accès de vio­lences sont de deux types.
Des­truc­tifs, en vue d’élimination des objets ou des per­sonnes qui s’interposent dans le cou­plage sym­bio­tique qu’ils nouent avec leur mère.
Vio­lence de pré­da­tion “féroce” quand il s’agit de s’approprier une per­sonne ou une chose dont l’enfant a envie.
Cette der­nière orga­ni­sa­tion psy­chique, et la vio­lence qu’elle génère, consti­tue une autre variante cli­nique des TED (variante moins archaïque). Elle se carac­té­rise par une agres­si­vi­té “natu­relle” sans culpa­bi­li­té, puisque son effec­tua­tion n’est tem­pé­rée par aucune ins­tance psy­chique cen­si­trice. Il n’y a pas à ce stade de struc­tu­ra­tion d’Instance Sur­moïque. Tout est donc per­mis. Et rien ne peut entra­ver ce fonc­tion­ne­ment com­pul­sion­nel. Il est à noter que ce type de fonc­tion­ne­ment se retrouve dans la per­ver­sion. En par­ti­cu­lier ce qu’on repère sous l’appellation Per­vers Nar­cis­sique. Il y a alors, régres­sion, par­tielle (avec cli­vage), à cette posi­tion invi­diante para­noïde. La même vio­lence “ordi­naire” amo­rale est déployée exclu­si­ve­ment, à ce stade d’organisation psy­chique archaïque, envers la per­sonne qui en pâtit.

Pour en ter­mi­ner avec ces exemples “cari­ca­tu­raux” de qua­li­té de vio­lence liée à des arrêts ou des fixa­tions à des stades d’organisation psy­chique archaïques, on pour­rait évo­quer la vio­lence liée aux phé­no­mènes de bandes. La vio­lence qui se déchaîne entre deux bandes d’adolescents ou contre la force publique. Elle est par­ti­cu­lière puisque si on se situe d’un point de vue eth­no anthro­po­lo­gique, cette vio­lence est non seule­ment natu­relle (au sens où elle est ration­nel­le­ment expli­cable et ne res­sort pas d’un com­por­te­ment aber­rant) et d’une cer­taine manière “légi­time”. Pour com­prendre ce que je veux dire, il faut avoir à l’esprit ce que je vous ai évo­qué tout à l’heure. Dans notre espèce la vio­lence meur­trière vis à vis de nos congé­nères n’a pas été tota­le­ment inhi­bée à tra­vers la trans­for­ma­tion psy­chique de l’agressivité. Il y a des situa­tions où cette envie de meurtre s’actualise irré­pres­si­ble­ment. Dans ce cas l’inhibition psy­chique (et morale) dis­pa­raît. L’ethno anthro­po­lo­gie donne une expli­ca­tion ration­nelle à cette levée de l’inhibition à la pul­sion meur­trière. Car cette levée de l’inhibition psy­chique à la vio­lence et au meurtre a une expli­ca­tion. L’anthropologie a per­mis de décou­vrir que tous nos congé­nères peuvent perdre, dans cer­taines cir­cons­tances, la qua­li­té de “sem­blables”. Or cha­cun sait que l’on ne peut aimer que son sem­blable. “Tu aime­ras ton pro­chain comme toi-même” dit l’Evangile. Et si tous nos congé­nères ne sont pas tous nos sem­blables ce n’est pas tant qu’ils se dif­fé­ren­cient par la cou­leur de leur peau ou leur mor­pho­lo­gie phy­sique mais bien parce qu’ils ne par­ti­cipent pas au même sys­tème de struc­tu­ra­tion sym­bo­lique, pas à la même culture, que la nôtre. On constate cela quand cer­taines eth­nies se défi­nissent comme ” les Etres Humains”. Ce qui veut dire que les autres, leur voi­sins, ne le sont pas ! Donc pour qu’un congé­nère soit un sem­blable, c’est à dire un être humain à part entière, il faut qu’il appar­tienne à la même culture et soit assu­jet­ti au même ordre sym­bo­lique que ceux qui par­ti­cipent du même col­lec­tif. Qui ne par­tage pas au même Ordre Sym­bo­lique, qui n’est pas assu­jet­ti aux même sys­tèmes d’interdits et d’obligations, qui ne sacri­fie pas aux mêmes rites, qui ne croit pas aux mêmes mythes, ne peut être recon­nu comme un “sem­blable” .Il ne peut être “iden­ti­fié” puisqu’il ne s’identifie pas au même cor­pus sym­bo­lique. Ce n’est donc pas un homme. A ce titre il est “sym­bo­li­que­ment” légi­time qu’il puisse subir, comme un objet haït, les pires ava­nies et même le meurtre. Dans cette occur­rence le fonc­tion­ne­ment psy­chique de l’agressivité régresse tout natu­rel­le­ment à la période para­noïde. Période à laquelle elle s’exprime soit par l’élimination soit par la cap­ta­tion : On “tue” ou on “asser­vit” en escla­vage. On voit que les méca­nismes entre bandes ou d’une bande contre les forces de l’ordre ne sont pas vrai­ment dif­fé­rents de ceux sur les­quels on joue pour décla­rer une guerre et la réa­li­ser. Il s’agit de faire croire au corps social natio­nal que l’autre, les autres – ceux que l’on va tuer ou asser­vir — parce qu’ils ne par­ti­cipent pas au même déter­mi­nant sym­bo­lique pré­ten­du uni­ver­sel que le nôtre, ont per­du la qua­li­té d’être humain et à ce titre sont sus­cep­tibles d’être détruits et anni­hi­lés. Ils peuvent dis­pa­raître de la face du monde. C’est ce qu’on appelle les guerres justes !

Pour ins­tau­rer la paix uni­ver­selle il fau­drait que l’ensemble des peuples et nations du monde soit régis par les mêmes fon­da­men­taux sym­bo­liques. Ce qui paraît tout à fait uto­pique. Et même si cela se révé­lait pos­sible, cette carence à l’inhibition des pul­sions meur­trières qui est spé­ci­fique au des­tin humain, se trou­ve­rait tou­jours pré­sente et sus­cep­tible de se mettre à l’œuvre pour d’autres causes. Il serait tou­jours pos­sible de trou­ver de bonnes rai­sons pour qu’une per­sonne, un groupe, ou une col­lec­ti­vi­té élar­gie soient des­ti­tués de leur qua­li­té d’humain et deviennent alors la proie de la vin­dicte de ceux qui les ont des­ti­tués de leur huma­ni­té. Il suf­fit en fait d’une “petite dif­fé­rence”. L’épaisseur d’un voile par exemple. Epais­seur d’un voile qui est la synec­dote de l’horreur cultu­relle dont l’autre est por­teur. Par­tie émer­gée de l’iceberg donc.

Mer­ci de votre atten­tion,
Marc Lebailly

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